Dimanche 30 juin : c’était l’anniversaire de Bérénice-Émilie, le bébé que j’ai accueilli et à qui j’ai dit adieu, il y a 9 ans, lors d’une Interruption Médicale de Grossesse.
Ce même w.e.,, je reçois le Philosophie Magazine de juillet/août 2019 sur le thème “Quand est-on soi-même ?”. Le sujet m’intéresse, je le feuillette et je tombe sur un échange entre Camille Laurens et Pierre Zaoui.
Camille Laurence… Son nom m’est familier. Je lis l’interview : elle est l’autrice de “Philippe”, un livre sur son fils parti trop vite. [Il m’avait été offert par l’une de mes grandes amies. Je l’avais lu en cachette dans les toilettes – surtout ne pas pleurer, ne pas montrer sa tristesse pour que mon entourage ne s’inquiète pas…]

Un paragraphe me saute aux yeux.

Lundi 1er juillet : je vais à une séance du film “Et je choisis de vivre” réalisé par Damien Boyer et Nans Thomassey sur le deuil périnatal dans le petit cinéma de la place Denfert-Rochereau (merci à eux pour cette programmation !).
Nous sommes moins de dix dans la salle. Nous nous jetons des regards furtifs plein d’interrogations : une majorité de femmes, de tout âge.

“Et je choisis de vivre”, c’est l’histoire d’Amande qui perd son enfant. Pour se reconstruire, elle entreprend alors un parcours initiatique dans la Drôme, accompagnée de son ami réalisateur, Nans Thomassey. Ensemble, ils partent à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont aussi vécu la perte d’un enfant.

Aller voir ce film, c’était m’offrir un moment pour vivre pleinement mes émotions ; c’était affirmer mon besoin de passer un moment de connexion longue avec mon bébé, de prendre mon temps pour vivre ce moment d’intimité.

Je ne vous cache pas que j’ai pleuré – j’avais fait un stock de mouchoirs pour l’occasion…

Pleurer n’est pas le signe “d’une rechute”, d’une dépression.
Pour moi c’est le signe que je suis en phase avec une réalité, je ne la fuis pas, je ne la rejette pas, je l’accueille : je suis une Mam’Ange.

Le titre de ce film m’avait tout de suite interpellée. “Et je CHOISIS de vivre”
La notion si chère en Gestalt Thérapie, celle du choix. Nous subissons la perte de l’être aimé et cependant nous pouvons choisir de pleurer et de nous laisser aller ou d’aller de l’avant : sans précipitation, quand le moment est venu, millimètre par millimètre ou mètre par mètre, selon nos possibilités, une décision à prendre qui demande du courage.

Pendant la séance, j’ai revisité les moments que j’ai vécu : ne plus savoir qui j’étais, ne plus avoir confiance en moi / me sentir responsable – moi qui n’avais pas pu empêcher les malformations de ma fille, le doute de pouvoir continuer à  vivre…
Puis, malgré tout, l’envie de vivre qui revient avec cette difficile loyauté : si jamais j’arrivais à ne plus penser à mon bébé, si je n’éprouvais plus cette douleur qui déchire mes entrailles, son passage sur terre, déjà si court, n’aurait plus de réalité, ma fille serait venue dans nos vies… pour rien ? Comment “installer en soi la présence de l’être perdu”, questionne Christophe Fauré, psychiatre-psychothérapeute ?
Comment trouver sa propre façon de le faire ?
Par des rituels par exemple. Dans le film, quelle belle séquence de cérémonie dans la grotte éclairée aux bougies !
Pour ma fille, le symbole des fleurs est tout de suite apparu comme une évidence : voir une fleur, prendre le temps de la sentir, de s’émerveiller de son parfum. Une fleur ne dure pas mais laisse des souvenirs à celui / celle qui a pris le temps de s’arrêter. Sur toutes nos cartes de vœux figure chaque année une ou des fleurs et j’aime porter des bijoux ou des vêtements avec des fleurs.
Et puis le petit cadre avec les empreintes de ses pieds qui se cache, comme les photos de son frère et de sa sœur, dans le capharnaüm de la vie sur le meuble sous l’escalier.

“Et je choisis de vivre” est un film “doudou” sur le deuil. 
En écoutant les témoignages, il apporte du réconfort. Nous ne sommes pas seul(e)s et en fait, nous avons tous perdus un être aimé à un moment ou à un autre. Quelque soit le temps passé sur terre par cet être cher, quelque soit le lien de parenté / d’amitié, quelque soit le nombre d’année qui s’est écoulé depuis sa mort, il nous accompagne et parfois sa présence est lourde à porter.
En tant que Mam’ange, je trouve ce film précieux pour aider les proches à mieux comprendre ce nous Par’Anges vivont lorsque notre enfant disparaît, un deuil qui reste relativement confidentiel, même si le sujet atteint les médias de temps en temps. La preuve !

C’est un film aux paysages à couper le souffle – la Drôme.
La puissance de la nature et de la marche pour avancer (au sens propre et au sens figuré).
La reconnexion à la beauté du monde quand la douleur est insupportable, quand nous avons besoin de faire le point en nous-même.

C’est aussi un film plein d’espoir.
Nous n’oublions pas notre enfant : il prend progressivement sa place dans notre histoire, dans notre présent. A la fin du film, Amande tend à ses enfants un jouet ayant appartenu à Gaspar. L’éternel petit frère veille sur la fratrie, il a donné un autre sens à la vie à ses parents.
Comme dit le proverbe repris dans le film :

Les vivants ferment les yeux des morts et les morts ouvrent les yeux des vivants.

Proverbe

A Gaspar, à Bérénice-Émilie, à Joséphine et les autres.
A leurs parents et leurs proches. 
Aux parents que j’accompagne par le Gestalt Massage®, dans ce “devenir parents” quelque soit la situation.
Avec toute ma tendresse.

Marie-Laure P.