J’ai eu la chance inouïe d’accompagner une maman pendant l’accouchement.
Un cadeau qui est arrivé en douceur. J’ai pris mon temps pour proposer à la maman ma présence pendant ces moments précieux,
pour vérifier les raisons qui me poussaient à faire cette proposition,
pour vérifier que c’était juste pour elle que je sois à ses côtés.
Respecter ses limites tout en respectant les miennes.

Une chance, parce que j’en avais envie – je me suis aperçue que ce n’était pas forcément évident pour les femmes à qui j’en parlais, pour qui leur propre accouchement avait souvent « suffi ».

Une chance car n’étant pas gynéco ou sage-femme, c’est du côté de la patiente dans la salle de travail que j’avais vécu les accouchements sans possibilité de changer de rôle.

Une chance car au moment où j’approfondis mes approches pour accompagner les femmes dans leur désir de grossesse, pendant la grossesse et après, que cela se soit bien passé ou pas, je revisite ce qu’ont été pour moi mes grossesses et j’actualise mon vécu, je me reconnecte à la réalité de ce passage.

Accompagner mon amie, pour moi, c’est d’être sûre que ce qui se passe est compris et accepté par la maman.
« on va vous donner de l’ocytocine ». Pourquoi est-ce nécessaire maintenant ? Si elle n’en prend pas ou pas maintenant, qu’est-ce que cela fait ?
La péridurale était trop forte, elle a été descendue mais après de longues heures de travail, était-elle suffisamment dosée si bébé arrivait et en combien de temps allait-elle faire de l’effet si on la remontait ?
Epuisée par le travail, groggie par la péridurale, chamboulée par les émotions du moment, la Maman peut ne pas être totalement « présente ». Comment lui laisser la possibilité de pouvoir faire ses choix.

Accompagner, c’est vivre de l’extérieur tout en faisant partie intensément de l’expérience. En tant qu’accompagnante, j’incarnais ce rôle de présence sécurisante et encourageante tout en vivant des émotions très fortes. Le monitoring qui se met à biper avec sur l’écran « — » ou une succession de chiffres qui s’affolent.

A la maternité

Accompagner m’a demandé de rester profondément ancrée pour tenir mon rôle auprès de la maman, faire tampon avec des paroles parfois maladroites du personnel médical « il va vraiment falloir qu’il sorte ce bébé » ou « c’est pénible, la colle de la ventouse ne colle pas » qu’il faut traduire à la mère « tu es entre de bonnes mains, il a de l’expérience, il sait ce qu’il fait ».
Une certaine dissociation entre les émotions ressenties et celles à rediriger vers la maman qui doit se focaliser sur la poussée alors que résonne dans ma tête l’inquiétude, est-ce normal, pas normal ? Le gynéco, n’est-il pas trop fatigué après sa journée pour prendre les bonnes décisions ? Pourquoi dit-il tout ça à haute voix ?
J’avoue que je comprends maintenant pourquoi de mon entourage présent ou de ma famille proche, j’ai eu des retours comme quoi ils avaient éprouvés une intense fatigue ou eu des courbatures suite à MON accouchement !

Puis le bébé qui sort, le gynéco propose à la maman de finir de le sortir de son corps. Le regard étonné de la maman, ça y est bébé est là ? Et le premier regard sur cette belle crevette, la première caresse de la tête.
Un temps suspendu et rapide.
Il faut vite aller nettoyer, peser, mesurer le bébé.
Quelle succession d’émotions !

Avec le petit trésor dans les bras

Puis c’est l’heure de la délivrance, je me retrouve avec un petit bout dans les bras, ce petit bébé tout neuf. Cette petite plume qui ouvre les yeux sans crier.
Que de choses je lui ai racontées,
– comme sa maman avait été courageuse, comme elle l’aimait, comme elle l’attendait, comme elle était impatiente de l’avoir dans ses bras ;
– comme elle était belle, parfaite, comme cela devait être difficile de se retrouver à l’air libre après le doux cocon du ventre, comme elle devait avoir vécu une journée bizarre avec les contractions qui la compressaient et la ventouse sur la tête ;
– comme je ressentais de la joie de la regarder, comme elle était légère et en même temps si présente.
Tout ça et plus, en vrac, dans l’ordre et dans le désordre.
Dit avec des trémolos dans ma voix, une voix qui se casse sous les émotions, une voix chargée de joie…

Enfin, après l’arrivée de bébé, la maman commence à prendre ses marques avec bébé. Elle rentre à la maison avec son trésor. Des moments intenses : des moments extraordinaires et ces journées infernales où rien ne semble apaiser bébé et ou épuisement et stress envahissent la maman, cercle vicieux qui s’auto-alimente entre le besoin de sécurité du bébé et la lutte de la maman pour se donner ce dont elle a besoin.
Le passage d’une doula ou d’une sage-femme est essentiel pour rassurer, conseiller, chouchouter, encourager, féliciter la maman. Les quelques séances remboursées par la sécu ne suffisent peut-être pas.
La Maman a peut-être besoin de plus. Ce qu’elle vit est énorme : elle devient mère !
Peut-être aussi un soutien pour l’allaitement.
Peut-être aussi un soutien pour le portage.
Et peut-être aussi un petit massage…
Que de jolis cadeaux pour l’arrivée de bébé !

Cette expérience m’a confirmée mon envie et ma place pour accompagner les besoins de douceur, d’écoute des femmes sur ce chemin de la féminité, de la maternité, d’absence de maternité (voulu ou non). Les sujets sont légions : ne pas avoir envie d’enfant, avoir recouru à une IVG, avoir ses règles pour la première fois, sentir la ménopause qui arrive, vivre une IMG, avoir un cancer du sein, vivre un burn-out maternel… 
– plein de choses qui viennent questionner la féminité, son être profond.
Qu’est-ce qu’être femme ? Qu’est-ce qu’être mère ?

En parler entre femmes, inclure le second parent si besoin pour que chacun puisse prendre sa place et vivre ces moments pleins d’émotions à son rythme et en lien les un(e)s avec les autres.

  • Pour aller plus loin, une vidéo « sérieuse » sur la matrescence.
    Alexandra Sacks en parle très bien dans son TedX.
  • Dans un registre plus léger, la vidéo de Florence Foresti sur l’accouchement et la grossesse.

Marie-Laure

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Cette expérience a eu lieu dans une atmosphère de crainte d’une deuxième vague de COVID.
Mon amie a accouché en portant le masque.
Comme c’est moi qui étais son accompagnante, j’étais la seule à pouvoir lui rendre visite : le seul jour où j’ai pu aller la voir après l’accouchement, j’ai été à la mairie déclarer le petit bout et je n’ai pas pu vraiment discuter avec elle.
Je vous laisse imaginer ce que ces mots recouvrent pour elle et pour moi.

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